APPROCHE POSTCOLONIALE DANS LA PENSEE CRITIQUE DE GISELE AVOME MBA. ENJEUX ET PERSPECTIVES Elisabeth OYANE MEGNIER Université Omar Bongo – CRAHI Oyaneelisabeth@yahoo.fr Ignorer ou négliger l’expérience superposée des Orientaux et des Occidentaux, l’interdépendance des terrains culturels où colonisateurs et colonisés ont coexisté et se sont affrontés avec des projections autant qu’avec des géographies, histoires et narrations rivales, c’est manquer l’essentiel de ce qui se passe dans le monde depuis un siècle" (E. Said, 2004, Paris, Fayard, p. 23) Résumé « Approche postcoloniale dans la pensée critique de Gisèle Avome Mba. Enjeux et perspectives » est une analyse qui met en exergue les caractères de l’identité, de la résistance et de la domination dans un contexte de dominant/dominé. Pour ce faire, Gisèle Avome Mba constitue un corpus de monographies guinéo-équatorienne et uruguayenne qui retracent, pour les premières, les atrocités du régime dictatorial et sanguinaire de Francisco Macías Nguema, premier président de la Guinée Equatoriale (1968-1979). Dans le contexte uruguayen, l’auteur, dévoile les violations faites aux populations noires. L’appropriation de l’approche postcoloniale dans sa pensée critique marque une rupture épistémologique avec la simple critique littéraire qui n’est qu’une interprétation purement rhétorique du texte, pour mieux appréhender les réalités sociales d’un contexte donné. Mots clés : Approche postcoloniale – Pensée critique – Enjeux – Perspectives – Domination 403 Abstract “Postcolonial approach in the critical thinking of Gisèle Avome Mba. Issues and Perspectives” is an analysis that highlights the characteristics of identity, resistance and domination in a dominant/dominated context. To do this, Gisèle Avome Mba is compiling a corpus of Guinean-Ecuadorian and Uruguayan monographs which retrace, for the former, the atrocities of the dictatorial and bloodthirsty regime of Francisco Macias Nguema, first president of Equatorial Guinea (1968-1979). In the Uruguayan context, the author reveals the violations committed against black populations. The appropriation of the postcolonial approach in his critical thinking marks an epistemological break with simple literary criticism which is only a purely rhetorical interpretation of the text, to better understand the social realities of a given context. Keywords: Postcolonial approach – Critical thinking – Issues – Perspectives – Domination. L’objectif de la présente contribution est de visiter et de mettre en exergue l’évolution de la pensée critique de Gisèle Avome Mba, comme enseignante et chercheure dans les espaces discursifs et littéraires afro hispanique et afro-hispano-américain. En effet, le pont que l’auteure établit entre ces deux espaces rend compte et rappelle l’histoire du premier Africain rendu esclave, transbordé dans les Amériques pour se changer en une nouvelle donnée du monde, un changement qui inscrit des secrets les mieux gardés de la Relation (E. Glissant, 1981). Par l’approche postcoloniale, G. Avome Mba va instruire le lecteur sur l’identité, la résistance et la domination qui sont des notions clés dans les études postcoloniales. C’est donc une approche que l’auteure reprend à son compte pour dénoncer des réalités des sociétés qui ont été colonisées. De la didactique à la pensée critique postcoloniale, et de l’application de l’approche postcoloniale dans la critique littéraire des auteurs d’origine africaine vont constituer les grandes lignes directrices de la présente réflexion qui se centre essentiellement sur trois œuvres littéraires, qui sous tendent la critique de G. Avome Mba : - El Párroco de Niefang de Joaquim Mbomio Bacheng, publiée en 1996 404 - Los poderes de la tempestad de Donato Ndongo Bidyogo, publié en 1997 - - Cuando los Combes luchaban de Leoncio Evita Enoy, publié en 1953 El desalojo en la Calle de los Negros de Jorge Emilio Cardoso, publié en 1953. 1. Cadre définitionnel et théorique Dans cette partie du texte, nous voulons poser le cadre théorique des groupes des mots approche postcoloniale et pensée critique, qui lui est antérieure. 1.1. La pensée critique D’après les littératures philosophique et historique, la pensée critique est un processus individuel et social ayant pour but de construire des pensées significatives, contextuelles et complexes. Elle résulte d’une attitude critique, ou d’une capacité intellectuelle permettant de raisonner correctement, et suscitant un voyage qui entraine vers d’autres rivages. Une pensée disciplinée qui se guide elle-même et qui représente la perfection de la pensée appropriée à un certain mode ou domaine de la pensée (Paul, 1992). Le penseur critique est un individu qui pense et qui agit de manière appropriée en s’appuyant sur des raisons (Siegel, 1988). Selon lui, l’esprit critique relève d’une certaine posture intellectuelle, d’un certain état d’esprit à adopter, d’une certaine attitude. La pensée critique est quant à elle la réunion de cette attitude (l’esprit critique) et d’un ensemble de capacités qui permettent de mener la critique. 1.2. L’approche postcoloniale Pour bien comprendre l’approche postcoloniale, ou simplement la postcolonie, il est essentiel de revenir sur le contexte colonial, de la colonisation d’où émerge la dite postcolonie. La colonisation a conduit à la destruction des structures symboliques des populations concernées, comme l’a exprimé le poète martiniquais Aimé Césaire, dans son Discours sur le colonialisme : « Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaire 405 possibilités supprimées (A. Césaire, 2004 ; 23). La colonisation a été un phénomène géopolitique étendu sur la quasi-totalité des continents africain, américain et asiatique. Aussi lorsqu’arrive le moment, les soleils des indépendances pour reprendre le célèbre titre de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma (1927-2003), moment décolonial qui suggère la libération nationale, une renaissance nationale, la restitution de la nation au peuple devient rapidement un leurre. De l’Amérique en Afrique, en passant par l’Asie, l’on a vite compris que les indépendances ne donnaient aucun sens pour les anciennes métropoles ni aucun changement véritable et profond au colonisé. Le monde continuait d’être compartimenté, coupé en deux, divisé. Fort de ce contexte de peine, de tristesse, de pauvreté et de désespoir, du manque d’ouverture politique et de l’absence des libertés humaines, réduisant l’homme à la pauvreté économique, morale et intellectuelle, il apparait donc une remise en question, comme une exigence, de la situation du colonisé. La postcolonialité n’indique pas l’après de l’indépendance nationale, mais veut interroger la problématique anticoloniale telle qu’elle a été formulée dans les années 1960. L’approche postcoloniale interroge donc toutes les formes d’exclusion produites par la situation coloniale et le moment national, qui ne sont pas conçus comme des moments clos sur des territoires aux frontières rigides, mais comme des lieux et des temporalités en interaction avec d’autres lieux et d’autres temporalités. L’approche postcoloniale analyse les nouvelles formes de brutalité et de violence à l’œuvre dans la nouvelle étape de globalisation et propose des pratiques de solidarité avec les groupes et les peuples soumis à ces violences. La postcolonialité ou l’approche postcoloniale cherchent à comprendre comment, dans des moments de transition brutale et accélérée, les individus développent des formes de recours et de solidarité afin de garder un tant soit peu l’idée d’une maitrise sur le monde qui les entoure (Aimé Césaire, Nègre je suis, nègre je resterai, 2005). Après avoir posé les fondements théoriques de la présente contribution, nous allons revisiter les textes et les contextes des discours littéraires hispano-américain et hispano-africain qui ont constitué des éléments d’analyse critique de G. Avome Mba. 2. Textes et contextes 406 Il s’agit dans ce chapitre des résumés des textes énoncés dans l’introduction, des contextes de l’écriture desdits textes et de voir la posture de leurs auteurs respectifs. 2.1. El párroco de Niefang de Joaquim Mbomio Bacheng Joaquin Mbomio Bacheng est un journaliste et écrivain guinéo-équatorien, né dans le district de Niefang en 1956. Actuellement, il vit en Europe. El párroco de Niefang, écrit en 1996, semble être un roman historique qui place au centre de la trame, les péripéties, les luttes et les rêves du Père Gabriel, personnage central de la narration. Le Père Gabriel est un prêtre de l’église catholique qui condamnait les abus de pouvoir du Président Macías Nguema. Vue l’aversion de ce dernier pour l’église catholique, de nombreuses églises furent fermées et des prêtres envoyés en prison. Les lieux communs de mémoire rappelés dans l’œuvre semblent inviter le lecteur à penser qu’il s’agit de la propre histoire de l’auteur : Niefang, la prison, l’évocation des bâtiments et surtout la convocation du « Ngueismo » qui symbolise le totalitarisme et la dictature du règne de Macías Nguema. 2.2. Los poderes de la tempestad de Donato Ndongo Bidyogo Né en 1950, dans le district de Niefang en Guinée équatoriale, Donato Ndongo Bidyogo deviendra un journaliste, écrivain et homme politique guinéo équatorien. Los poderes de la tempestad est un roman aux relents historiques, publié en 1997. Le roman trace le parcours d’un jeune avocat qui, après avoir terminé ses études, sa formation universitaire en Espagne, décide de retourner dans son pays natal qui est la Guinée équatoriale pour participer au développement de ce dernier. Le discours souligne que l’Avocat est marié à une espagnole et est également père d’une fille métisse. Un statut qui fait toute la différence avec le reste des Guinéo équatoriens en Guinée équatoriale. Malheureusement, l’Avocat va rapidement se désenchanter. En lieu et place de l’espérance, de l’enthousiasme et du rêve, il est confronté quotidiennement au mépris, à la désolation, à la corruption, la jalousie, à l’aversion envers les étrangers et surtout à la peur entretenue par le pouvoir totalitaire et dictatorial. Face à ces maux et conditions de vie en Guinée équatoriale, l’Avocat comprend qu’il doit retourner en Europe et 407 mener le combat qui pourra libérer ses concitoyens. C’est ainsi qu’il commencera à dénoncer toutes les violations et les exactions d’un pouvoir construit sur du mensonge. 2.3. Cuando Los Combes luchaban de Leoncio Evita Enoy Leoncio Evita Enoy, né en 1929 et décédé en 1996, est un écrivain, peintre et intellectuel guinéo équatorien. Cuando Los Combes luchaban est publié en 1953 et se voit attribuer le caractère de novela costumbrista par des critiques de l’époque. Ecrit pendant la période coloniale, le roman relate le conflit qui oppose les Kombe, une composante ethnique de la Guinée équatoriale aux colons qui envahissent et confisquent les terres des autochtones. 2.4. El desalojo en la calle de los Negros de Jorge Emilio Cardoso Né à Montevideo en Urugay en 1938, Jorge Emilio Cardoso est un dramaturge afrourugayen et a écrit El desalojo en la calle de los Negros en 1995. L’auteur révèle au lecteur l’histoire de trente (30) nègres expulsés de leurs habitations par des militaires. La raison est que les noirs avaient transformé ces espaces de vie en foyer culturels ; situation difficile à accepter dans un contexte de blanchiment de la population et de la postcolonie (Lewis, 2003 ; 120). L’opération de déguerpissement des noirs est le symbole de la discrimination raciale, de la marginalisation, de l’altérité voire d’identité. 3. Le sujet culturel (post) colonial et l’approche postcoloniale dans la pensée critique de Gisèle Avome Mba Nous empruntons la notion de sujet culturel à Edmond Cros, sociocritique et psychanalyste français. A ce stade de nos analyses, il nous semble essentiel de voir l’identité de ce sujet culturel (post) colonial dans les œuvres qui fondent la critique de G. Avome Mba, avant de justifier le chapitre par l’application de l’approche postcoloniale par cette dernière. 3.1. Le sujet culturel 408 Dans sa réflexion, Edmond Cros arrive à la conclusion que le sujet culturel est au centre de l’historicité d’enjeux socio-politique et identitaire. Il est capable de redéfinir de manière critique la portée des rapports de force idéologiques véhiculés par les concepts contradictoires de groupes sociaux opposés, afin d’en dégager une nouvelle signification appliquée à la compréhension d’une réalité socioculturelle déterminée (2005). Les quatre textes sus cités et qui structurent la critique de G. Avome Mba présentent des scènes qui se déroulent successivement en Uruguay (Amérique latine) et en Guinée équatoriale (Afrique hispanique). La colonisation a été un phénomène géopolitique étendu sur la quasi-totalité des continents africain, américain et asiatique. Aussi lorsqu’arrive le moment, les soleils des indépendances pour reprendre le célèbre titre de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma (1927-2003), moment décolonial qui suggère la libération nationale, une renaissance nationale, la restitution de la nation au peuple devient rapidement un leurre. De l’Amérique en Afrique, en passant par l’Asie, l’on a vite compris que les indépendances ne donnaient aucun sens pour les anciennes métropoles ni aucun changement véritable et profond au colonisé. Le monde continuait d’être compartimenté, coupé en deux, divisé. Fort de ce contexte de peine, de tristesse, de pauvreté et de désespoir, du manque d’ouverture politique et de l’absence des libertés humaines, réduisant l’homme à la pauvreté économique, morale et intellectuelle, il apparait donc une remise en question, comme une exigence, de la situation du colonisé. G. Avome Mba rappelera la situation du colonisé en ces termes : En Uruguay, igual que en otros países de Hispanoamérica donde hubo esclavitud, se suponía que la abolición oficial de esta última había acabado con la discriminación racial. Pero esto no puso fin a la situación de los afrodescendientes uruguayos en la sociedad. Permanecieron en los estratos económicos, políticos y sociales bajos, pese a que los esclavos africanos formaron gran parte de las fuerzas militares que lucharon por la independencia del Uruguay (2015 ; pp.84-85). Aussi bien en Amérique latine qu’en Afrique hispanique, les personnages évoluent dans les périodes postcoloniales et pos indépendantiste, dans des milieux familiarisés, originels. Les auteurs s’accordent à dénoncer les fantômes de la colonisation présents dans 409 la postcolonie, et l’écrivain Donato Ndongo Bidyogo le commente en ces mots : Nuestras preocupaciones gravitan en torno a temas inmediatas como la opresion del negro por el negro tras nuestra independencia, que no supe liberacion ; la miseriaque impide un desarrollo armonioso de nuestras vidas ; el reencuentro con nuestro mundo ancestral o la dicotomia impuesta entre tradicion o merdernidad (G. Avome Mba, 2012 ; 14). Tour à tour, J. Mbomio Bacheng, D. Ndongo Bidyogo, L. Evita Enoy et J. E. Cardoso, au travers du genre discours, invite l’histoire et la culture des protagonistes en arrière fond des situations, des moments de crise et/ou de rupture sous le prisme principalement de la résistance. En effet, sur les discours afro hispaniques ou guinéo équatoriens, les auteurs dénoncent les drames vécus par le colonisé : la dictature du Général espagnol Franscico Franco qui refuse, en son temps, d’octroyer l’indépendance à la Guinée équatoriale et celle du président Macías Nguéma. Le pouvoir de Macías Nguema est répressif et vivant en autarcie. Quant à l’histoire des nègres uruguayens qui ont été expulsés de leurs maisons et transférés dans une usine abandonnée rappelant un ghetto, est simplement la continuité d’une problématique en débat au début du XXème siècle : el hampa afrocubana, la mala vida cubana. A ce sujet, l’anthropologue cubain Fernando Ortiz écrira ce qui suit : El estudio de la mala vida habanera, y, en general, el de la cubana, ofrece un interés especial e indudablemente ha de ser fructifero en igualgrado que el conocimiento del hampa de las capitales americanas y europeas. En Cuba toda una raza entró en la mala vida. Al llegar los negros entraban todos en la mala vida cubana» (Los negros brujos, 1906, pp. 36-37). Avec ce genre de discours, la critique littéraire, qui à l’origine est une interprétation purement rhétorique du texte littéraire va suggérer un renouvellement du regard sur des objets d’étude, une nouvelle façon d’appréhender les réalités sociales. 3.2. Rupture épistémologique et approche postcoloniale De considérer l’histoire de l’esclavage, de la traite négrière d’une part, la colonisation et le recours à la culture africaine dans le fait littéraire d’autre part constitue des éléments essentiels dans l’approche postcoloniale de G. Avome Mba : 410 Teniendo en cuenta el hecho de que esas producciones se confrontan con unas realidades particulares, un tiempo y un espacio concretos, se hace imprescindible resaltar los códigos culturales e históricos que, a partir del conjunto de datos y acontecimientos sociales, condicionan la interpretación de las obras dramáticas. (2012, p.14). ou Pourquoi semblent-elles intéressantes des études culturelles l’approche postcoloniale dans l’analyse des discours postindépendance des pays hispano-africains et afro-hispano américains ? Dans la période postmoderne, les études postcoloniales sont à la mode aux États-Unis dans les années 1980, en Afrique et en Inde. Ils s’inscrivent dans l’approche critique du discours postmoderne. Ils se forment en réaction à l’héritage laissé par la colonisation. Ainsi, la postcolonialité est une période qui commence après l’indépendance formelle et qui revêt une signification historique et politique. La théorie de la postcolonialité s’intéresse au fait colonial dans sa diversité, à savoir l’exploitation coloniale, la relation colonisateur-colonisé. La postcolonialité analyse les nouvelles formes de brutalité et de violence à l’œuvre dans la nouvelle étape de la mondialisation et propose des pratiques de solidarité avec les groupes et les peuples soumis à cette violence. La postcolonialité ou études postcoloniales cherchent à comprendre comment, dans des moments de transition brutale et accélérée, les individus développent des formes de ressources et de solidarité pour maintenir une certaine idée de domination sur le monde qui les entoure. Gisèle Avome Mba met l’accent sur la résistance des opprimés. Une rébellion envisagée possible en puisant dans leur fond culturel est l’élément de référence dans l’histoire de la traite des Africains rendus esclaves et dans la mémoire collective qu’ils vont construire pendant les moments d’errance, ruptures (E. Glissant). A ce sujet, nous prendrons exemple dans El Párroco de Niefang de Joaquim Mbomio Bacheng : Un joven párroco sufre la dictadura en la ciudad de Niefang situada a unos pocos kilómetros de Bata en Guinea ecuatorial. Su encarcelamiento se corresponde con el desprecio del poder dictatorial hacia la iglesia. Cuando sale de la cárcel, la gente lo aclama con mucho entusiasmo y alboroto, considerándole el 411 símbolo de la resistencia. El noveno párroco ira descubriendo su esencia africana en su quehacer cotidiano. L’identité de résistance sur laquelle G. Avome Mba met l’accent vient de la situation de discrimination des peuples opprimés dans la postcolonie, des acteurs qui occupent des positions ou conditions dévalorisantes et de stigmatisation par la logique de domination. (Castells, 1999). Parce que les retours aux sources comme moyen de ne pas s’écarter des idéaux de culture africaine, antillaise sera en même temps retour à une identité de fond biologique (M de Lourdes Teodoro op. cit. 36). Un exemple de poésie de Francisco ZAMORA illustre bien cette prise de conscience de la situation des opprimés : « Vamos a matar al tirano ». L’approche postcoloniale récupère les voix silencieuses et/ou subalternes pour en faire des sujets. 4. Perspectives Mobiliser l’approche postcoloniale est une façon d’ouvrir de nouveaux horizons de recherches et d’enseignement, le Professeur Ovono Ebe a commenté cette idée hier dans sa Leçon inaugurale « Gisèle Avome Mba et l’Afrique comme horizon de pensée. » Gisèle Avome Mba corrige ainsi la vision tronquée de domination européenne sur les populations opprimées, qui souvent ont un imaginaire plus compatible avec le schème euro centriste. Elle aide à mieux appréhender la réalité sociale car elle permet l’étude en contexte non occidental, le « je » entre en scène. Intégrer la pensée critique à l’enseignement est une approche importante dans l’enseignement/apprentissage, parce qu’elle permet d’accroître la satisfaction et le niveau d’apprentissage des étudiants lorsqu’ils doivent utiliser et appliquer les idées contenues dans le programme d’études. Les étudiants qui reçoivent de l’information de manière passive ou transmissive sont moins portés à comprendre ce qu’ils ont entendu ou lu que les étudiants qui ont examiné, interprété, appliqué ou testé, de manière critique cette information. En présentant la matière sous forme de problème ou d’enjeu, les étudiants sont plus motivés et comprennent mieux. Comme le note Richard Paul, « on acquiert des connaissances uniquement par l’entremise de la pensée » (Richard Paul, “The logic of creative and 412 critical thinking”). Le chemin tracé par Gisèle Avome Mba nous est bénéfique. En effet, depuis deux ans déjà, nous expérimentons une nouvelle thématique triennale sur les Politiques et cultures subalternes dans les mondes Afro -ibéro-américains. En ce qui me concerne, pour les travaux dirigés et pratiques lors de mes séminaires, les étudiants vont apprendre à élaborer des questionnaires, des guides d’entretiens, aller sur le terrain pour rencontrer d’autres univers. A cette découverte, ils apprennent beaucoup sur eux-mêmes, s’autonomisent et se responsabilisent. La présente contribution tire son intérêt dans la rupture épistémologique qui s’opère dans la pensée critique de Gisèle Avome Mba, à qui un hommage vibrant est rendu dont résultent ces Actes du colloque. Enseignant chercheur au département d’Etudes ibériques et Latinoaméricaines, Gisèle Avome Mba enseigne la littérature hispano-américaine et la littérature hispanoafricaine. Dans son approche de regard croisé, elle va convoquer la sociocritique qu’elle abandonnera pour embrasser l’approche postcoloniale. Les quatre discours que nous avons choisis, dont trois des auteurs Guinéo équatoriens et un Uruguayen, comme corpus de la présente réflexion ont plus d’un point commun : 1. Les personnages sont d’origine africaine et ont connu la colonisation 2. Les scènes sont dramatiques 3. La présence dans les œuvres des expériences et des symboles de l’ancêtre africain 4. La colonialité du pouvoir qui suggère les relations binaires : indigène/colon ; noir/blanc ; civilisation/barbarie. La présente contribution a permis de réfléchir sur trois moments à savoir le cadre définitionnel et théorique, les textes et les contextes et le dernier moment développe le sujet culturel (post) colonial dans la pensée critique de Gisèle Avome Mba. Le premier moment a permis de poser des éléments théoriques de l’analyse du texte. Le deuxième fait une synthèse des textes qui constituent notre corpus, sans insister sur les procédés stylistiques, ce qui n’était pas notre objectif. Les contextes, africain et américains, nous donnent à dégager les fonds social, historique et culturel qui caractérisent toutes les trames. Le troisième moment 413 donne à comprendre l’approche postcoloniale usitée par Gisèle Avome Mba, une approche qui prend sa source dans les études culturelles et subalternes dont l’objectif est de réécrire l’histoire en donnant la parole à « Los de abajo ». De cette prise de parole et de conscience naitra l’identité de la résistance. Références bibliographiques Avome Mba, Gisèle, Lectura socio-semiótica del teatro poscolonial de Juan Tomas Avila Laurel: entre la sátira y la subversión. Barcelone, Ceibas ediciones, 2012. Avome Mba, Gisèle, «El desalojo en la calle de los negros: identidad, subalternidad y resistencia de Jorge Emilio Cardoso» in Las culturas indigenas en el cine latinoamericano, Rome, Quo vadis, 2015. Madrid, Direccion general de Colonias, 1944. 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